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     Le serpent à la Rose

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    Klarissa Hollister
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    MessageSujet: Le serpent à la Rose   Ven 3 Avr - 20:06

    Les journées de Klarissa étaient longues, mais toujours bien remplies. Avec Anwen qui courait toujours à droite et à gauche, elle n’avait pas le temps de s’affaler dans un coin et pleurer. Non, pour la petite, elle restait fière et forte. Dès le matin, elle préparait le petit-déjeuner, invitait Tobias et toute la petite famille pour le déjeuner, ce qui lui permettait de s’occuper un peu de la maison pendant que sa fille s’amusait avec son cousin. Ensuite déjeuner, un peu de jardinage, lecture, refus de shopping avec Cassandra, collation pour les enfants, accrochage avec Tobias (purée c’que c’est embêtant d’avoir un frère), puis dîner, préparation de la chambre d’amis pour Tobby et Cassy, installation du lit de camp pour Nathael, coucher les enfants, tisane, lecture, dormir. Le soleil se levait et la routine reprenait rapidement son cours. Klarissa avait pourtant le temps de s’ennuyer et de repenser au bon vieux temps, ce temps où elle rôdait dans l’Allée des Embrumes, dissimulée sous une cape de velours noir. Sa vie se résumait donc à la routine lorsqu’elle reçut une lettre qui changea tout. La sorcière tenait entre ses doigts blancs ce parchemin qui signait enfin la fin de ces années sombres. Dès le lendemain, la femme avait renvoyé chez lui son frère, avait déposé Anwen chez ses parents et avait fait ses valises avant de partir. Son voyage s’annonçait pleins de surprises et de vieux souvenirs.

    Son premier arrêt avait été Londres, ou plus précisément l’Allée des Embrumes dans le but de glaner quelques informations pertinentes. Voilà donc qu’elle traînait, dissimulée sous sa vieille cape fétiche, minaudant pour en apprendre plus sur toutes les créatures reptiliennes susceptibles d’intéresser le Lord. Pour la première fois depuis des années, Klarissa s’était vraiment mise en valeur. Une longue robe dans le même tissu que sa cape, ses longs cheveux vaguement remontés ondulant sur ses épaules, une fine couche de rouge à lèvres bien foncé; elle avait tout pour plaire et attendrir même le négociateur le plus tenace. Grâce à ses talents et, ne le cachons pas, son apparence, la sorcière réussit à avoir des noms et des lieux, et même quelques sourires douteux. Pour le dernier point, elle aurait pu s’en passer, mais en règle générale, la chasse avait été bonne. Elle avait maintenant une liste d’endroits à visiter et sur une carte du monde, elle marqua en rouge quelques points à gauche et à droite. Son itinéraire passait par l’Afrique, faisait un bref détour vers un point en Océanie et finissait sa course en Amérique avant de revenir en Europe, Allemagne. En tout, la femme avait environ une demi-douzaine de régions dans lesquelles elle devait s’arrêter pour rencontrer des collectionneurs, des aventuriers, des contacts un peu louches et autres sorciers étrangers. Son aventure commença donc au Cameroun, à Menji, où elle fit la connaissance de quelques mages qui présentèrent à la sorcière une créature moitié-serpent, moitié…quelque chose de velu, qui mordait, crachait, grognait. À vrai dire, cette chose avait tout l’air d’un furet mutant atteint de la rage et Klarissa remercia les propriétaires sans acquérir la bête.

    Ce fut ensuite le tour d’un monstre qui n’avait à vrai dire rien d’un reptile, ni même d’un monstre. Le sorcier à qui elle avait demandé des informations avait dû abuser des mauvaises choses puisque ce qu’une femme possédait à Toma au Burkina Faso était une sorte de Boursouf africain, couvert de plumes au lieu de poils et ressemblait étrangement à un kiwi –l’animal pas le fruit. Sa visite aux îles Phoenix en Micronésie ne fut pas non plus fructueuse et la belle Hollister se résigna à se rendre sur le dernier continent de son voyage : l’Amérique. L’endroit ne lui était pas strictement inconnu, elle avait déjà plusieurs connaissances au niveau du continent américain. Elle enchaîna rapidement Suriname et Uruguay, sans trouver ce qu’elle recherchait parce que, bien que ces créatures aient tout de reptiles, ils n’étaient pas assez imposants pour plaire au Seigneur des Ténèbres. Enfin, elle mit les pieds dans un petit coin de pays appelé république du Honduras, à Santa Elena, pour rencontrer une femme nommée Tiffany Spencer, native d’Angleterre. Son élevage de reptiles avait été conseillé à Klarissa par un contact fiable, qui lui avait déjà prouvé ses capacités. La sorcière était arrivée chez Tiffany au beau milieu de la nuit mais ne s’était pas gênée pour cogner et expliquer vaguement sa mission. En fait, ses explications avaient été : « Je suis une sorcière tout comme vous, on m’a parlé de votre élevage de créatures, j’aimerais acquérir l’une d’entre elles. » Point final, pas plus. La demoiselle l’avait aussi accueilli et conduite au sous-sol, là où dans d’énormes cages des reptiles se surveillaient les uns les autres. Plus loin, dans une série de vivariums de taille moyenne, de plus petits spécimens jouaient le même jeu que les plus vieux.


    « Le serpent gladiateur est une créature pour les sorciers les plus aguerris, Miss, je ne voudrais pas confier l’un de ces petits à quelqu’un qui ne s’y connaît pas… »

    Klarissa n’avait eu qu’un regard à lui adresser pour que la femme s’empresse de régler les derniers détails. Elle proposa une chambre à son invitée et dès qu’elle fut installée, elle se dépêcha de mettre l’un des petits serpents dans une cage vitrée conçue spécialement pour les gladiateurs du Gabon. Le lendemain matin, Miss Hollister retournait en Europe. Elle débarqua finalement en Allemagne douze jours après son départ d’Écosse. Le climat était nettement plus supportable que celui de l’Amérique du Sud, de l’Afrique ou de l’Océanie. Ce fut avec plaisir qu’elle retrouva sa garde-robe habituelle dans un motel quelconque, là où elle prit d’ailleurs le temps de se familiariser avec le serpent. La créature devait mesurer un mètre cinquante, mais il semblait déjà avoir grandi depuis la première fois qu’elle l’avait vu. Sa tête en forme de pointe de flèche restait immobile et sa langue goûtait l’air constamment. Il s’était roulé sur lui-même au fond de sa cage et Klarissa l’observa longuement en se demandant à quoi il pouvait bien penser, dans son petit cerveau reptilien. Elle s’endormit en pensant aux reptiles et à cette fameuse récompense qu’avait mentionnée le Lord dans sa lettre.

    Le soleil se leva sur une Klarissa bien réveillée et ses bagages. Elle quitta le motel avec la cage de la bête, laissant derrière elle la promesse de revenir chercher ses valises avant la fin de la journée puis transplana de ruelle en ruelle jusqu’à atteindre l’Alexanderplatz. Elle marcha alors un moment, cherchant des yeux l’enseigne de la Rose Rent; la belle le trouva assez rapidement et se dépêcha, alors que les commerces ouvraient tour à tour, d’aller pousser la porte du bar. Il était tôt, la sorcière posa ses yeux sur le menu et se dirigea vers le bar, lentement. La cage était dissimulée sous un drap blanc, il était clair qu’elle était trop lourde pour la jeune femme mais la magie avait réglé ce problème. Elle posa la cage sur le sol et prit place sur un tabouret avant de lisser sa longue robe noire.


    « Excusez-moi, je dois voir le gérant et…hm…tant qu’à être ici, je goûterais bien au chocolat écossais. »

    Et comme si elle n’était qu’une cliente parmi tant d’autres, elle esquissa un sourire aimable en replaçant une mèche de ses longs cheveux bruns. Elle avait réussi à parler un allemand à peu près correct, quoiqu’un peu maladroit, et on entendait distinctement son accent qui n’avait rien de germanophone. Mais elle ne s’inquiétait pas : la créature était parfaite pour le Lord et elle se trouvait maintenant à destination. Dans peu de temps, ses efforts seraient récompensés et elle retrouverait sa fille en Écosse. Le Seigneur des Ténèbres serait certainement satisfait de sa trouvaille. Sa mission se déroulait, jusqu’à maintenant, parfaitement.
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    William Stark
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    MessageSujet: Re: Le serpent à la Rose   Lun 6 Avr - 21:47

    La musique jouait dans le bar vide, remplissant la pièce vide d’une présence rassurante mais assez faible cependant pour être couverte par les bruits de l’installation. Pieds de chaise se posant sur le parquet, verres qui s’entrechoquent, craquement d’une bouteille que l’on ouvre. Johanna aimait passer à la Rose Rent un peu avant l’ouverture, même si elle ne travaillait jamais avant le soir. Assise sur un haut tabouret, entourée de cette ambiance qu’elle aimait tellement, elle planchait sur ses cours de la matinée, ses longs cheveux blonds encadrant son visage sérieux. Autour d’elle, Herr William, le patron et parfois même Uffie s’activaient dans tous les sens. Il y avait dans ce chaos comme une routine apaisante. Mais depuis quelques temps, ces moments simples s’étaient fait rares.

    Pour commencer, elle avait été malade pendant une bonne semaine. Un mauvais virus que les médicomages avaient eu du mal à faire passer et qui lui prenait toute énergie, à peine arrivait-elle à aller en cours. Pendant son absence, c’était Uffie qui était tombé malade. Herr Stark était resté très vague à ce sujet, refusant de donner de ses nouvelles ou de décrire ce qu’il avait. Probablement parce qu’il n’en savait rien avait alors pensé la jeune fille. Quoiqu’il en soit, il était rapidement revenu mais se comportait très différemment de d’habitude. On avait à présent l’impression qu’il était sans arrêt drogué. Elle l’avait même surprit en train de rire tout seul en regardant le grille pain et en faisant des bruits bizarres. Et puis ensuite c’était William lui-même qui avait disparu une bonne semaine, laissant la Rose Rent totalement fermée sans aucune raison. Il avait fini par réapparaître pour se mettre en congé maladie, confiant la boutique à ses deux employés. Et ça c’était très étrange parce qu’en quatre ans, elle ne l’avait pas vu prendre un jour de vacances. Enfin, ce devait être le printemps qui rendait tout le monde malade. Ou bien l’ambiance politique du pays qui devenait franchement mauvaise et qui déprimait tout le monde. Entre les histoires de magouille, les meurtres et les lycans, on ne savait plus où donner de la tête.

    Enfin, aujourd’hui, tout allait mieux. Mr William était là depuis elle ne savait quelle heure à tout organiser, elle avait son partiel bien en tête, Uffie…passerait sûrement plus tard, prendre le relais pour laisser leur patron se reposer (il en faisait toujours trop l’idiot – et avoir une tête à faire peur n’est jamais le meilleur moyen de fidéliser la clientèle), bref les choses retrouvaient leur cour normal et ça, c’était terriblement rassurant.

    Le temps passait à une vitesse folle, rythmé seulement par le passage des chansons et la transformation de la pièce vide en bar. Il était à présent presque temps de se lever et de retrouver les bancs de la fac. Dehors, les rues de l’Alexanderplatz s’animaient. Des passants, des commerçants ouvrant leurs boutiques et d’autres, qui ne savaient pas tellement ce qu’ils faisaient là, ajoutaient leur propre musique à l’ambiance printanière de l’endroit. Le bar était fermé mais la porte grande ouverte démentait le petit papillon qui volait distraitement au rythme du vent d’Avril.

    Une clochette sonna, comme actionnée par une main invisible. Par habitude, Johanna leva la tête, prête à accueillir le client avec le sourire (William faisait un truc dans la réserve et ne pouvait s’occuper de l’arrivée des premiers consommateurs) mais il n’y avait personne. Seul le vent s’était invité. L’étudiante se replongea alors dans ses révisions, inconsciente de l’élégante silhouette qui entrait dans l’établissement, une immense caisse rectangulaire et recouverte d’un draps à ses côtés. Ce fut le bruit du tabouret et l’ombre que l’inconnue projetait sur ses cours qui la mirent sur la voie. Elle leva la tête, souriante, vers l’inconnue.


    « Je peux faire quelque chose pour vous ? »

    « Excusez-moi, je dois voir le gérant et…hm…tant qu’à être ici, je goûterais bien au chocolat écossais. »

    L’accent de la cliente était à peu près aussi allemand que celui de Herr Stark quand il ne se surveillait pas, aussi la jeune femme en déduisit qu’elle avait affaire à une anglaise (ce qui lui faisait une belle jambe). Elle ferma son cahier, hocha la tête et s’appliqua donc à ne pas parler trop vite.

    « Je vais le prévenir, juste une minute. »

    Tout en parlant, elle prépara la boisson chaude, mélangeant la crème avec le cacao, ajoutant un bon lait bien riche avant de saupoudrer de cannelle, napper de crème chantilly puis de décorer au caramel. L’énorme tasse faillit déborder dans la coupelle et tâcher la serviette rouge sombre en dessous mais la serveuse avait l’habitude et c’est à peine si le ticket de caisse fut un peu froissé. Restait à prévenir ledit gérant. Elle avait la flemme de descendre l’escalier, aussi se contenta-t-elle d’ouvrir la porte et d’élever un peu la voix.

    « Une jeune femme vous demande Herr William »

    Un bruit d’avalanche lui répondit suivit d’une bordée de jurons dans une langue sauvage et inconnue qui résonnèrent dans la salle quasi-vide.

    « Euh…tout va bien ? »

    « Oui, oui, ça va. Dit à la demoiselle que j’arrive de suite veux-tu ? »

    ***


    Cadfael regardait la pile de cartons répandue sur le sol avec un air blasé. Par chance, ils ne contenaient que des papiers aussi rien n’était cassé mais le capharnaüm de la pièce avait de quoi rendre dingue quiconque était plus maniaque que lui. Une fois de plus, le gallois regretta de ne pas avoir acheté d’Elfe de Maison (ces trucs là étaient vraiment pratiques. Bien plus qu’on ne le pensait quand on en possédait un.) et se frotta le front pour se calmer. Le médecin avait dit « pas d’émotions fortes, voire même pas d’émotions du tout. » Paraîtrait-il qu’il fallait qu’il laisse son corps et son esprit se reposer s’il ne voulait pas aggraver la situation. Il avait donc reçu une liste de conseils presqu’aussi longue que lui et un certain nombre de potions à boire à heures fixes. Cad’ avait gardé les potions et jetés les conseils. Il faisait encore ce qu’il voulait.

    Prudemment, le mangemort descendit sur le sol et fit disparaître les deux immenses ailes d’aigle qu’il avait fait pousser. Le souci, lorsque l’on s’essayait aux métamorphoses partielles était que l’on ne pouvait pas prévoir quelle partie de son corps allait être utilisée. Avoir des ailes n’était pas difficile. Avoir des ailes et des mains devenait nettement plus dur. Les serres n’étaient pas ce qu’il y avait de plus pratique pour déplacer les objets. Bref. Un coup de baguette et tout rentra dans l’ordre, comme quoi les méthodes magiques étaient bien plus efficaces que n’importe quel travail manuel. Cela fait, il enleva toute la poussière qui maculait sa robe brune, se lava les mains et la figure, perdit même quelques secondes supplémentaires pour se recoiffer et monta les escaliers, curieux de connaître cette « femme » qui voulait le voir.

    Il poussa la porte, toujours souriant et s’arrêta…

    …net.

    Tout sourire disparut de son visage alors même que ses yeux brillaient d’un mélange trop complexe d’émotions. Il pâlit, le cœur battant trop vite, trop fort, tandis que ses sens enregistraient les moindres détails. De sa robe noire à ses cheveux défaits, la tasse, une goutte de chocolat qui descendait au ralenti sur l’émail noir et la sensation de la poignée de la porte dans sa paume droite.


    « Je peux savoir ce que tu fais là toi ? »

    C’était sortit fâché, et en anglais. Mais Cad’ n’avait absolument pas fait attention à ce qu’il venait de dire ou de comment cela pouvait être perçu. La seule chose à laquelle il arrivait à penser c’était que question émotions fortes, il était servit.

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    MessageSujet: Re: Le serpent à la Rose   Mer 15 Avr - 20:26

    Le bar était paisible, c’était le genre d’endroit que Klarissa aurait fréquenté si elle n’avait pas eu la petite Anwen à la maison. La musique était douce, l’air était chaleureux, même la jeune serveuse avait l’air sympathique. Son chocolat écossais arriva relativement rapidement et la sorcière en but une petite gorgée. Elle se sentit aussitôt mieux, un peu comme si elle se trouvait dans sa propre cuisine à Salix. Le voyage avait été éprouvant, mais toute cette aventure lui avait permis de se retrouver, de renouer avec l’aventurière en elle. Elle n’avait plus envie d’être une pauvre veuve épleurée, elle voulait être la téméraire Klarissa. Tout en réfléchissant, alors que la serveuse disparaissait derrière, la femme plongea le bout de son doigt dans la crème chantilly comme une gamine. Le caramel s’enroula autour de son ongle mais elle fit fondre le tout d’un coup de langue. Un bruit sourd résonna mais Klary était perdue dans ses pensées. Peut-être envisagerait-elle de faire un voyage avec Anwen et un bon stock de potion Polyglotte. Sa fille avait encore quelques années avant d’être envoyée à Poudlard. Elles avaient le temps de découvrir le monde, juste toutes les deux. La serveuse réapparut bientôt et retourna à ses occupations; Klarissa reprit une gorgée de son chocolat et reprit son observation des alentours.

    Le bruit de la porte la sortit de ses réflexions et elle posa sa tasse, curieuse de voir le fameux gérant qui s’occuperait du jeune serpent. Il figea. Et elle fit de même. Ses grands yeux noisette fixaient celui qui venait d’apparaître dans son champ de vision. Elle se sentit faible, comme si elle allait soudainement s’effondrer, mais Klarissa était forte, Klarissa ne se laissait pas submerger par les émotions.


    « Je peux savoir ce que tu fais là toi ? »

    La voix de Cadfael était furieuse. Au moins, il n’avait pas parlé allemand. L’apothicaire prit un moment pour réaliser qu’il s’était adressé à elle et quitta alors brusquement le tabouret sur lequel elle s’était assise. Ce qu’elle faisait là ? Elle avait envie de crier, de pleurer et de fuir pour retrouver le réconfort de sa maison et des grands yeux de sa fille. Mais elle avait une mission à remplir et elle devait la terminer avant de retourner dans sa petite vie tranquille. Pas de tour du monde pour elle. Elle se contenterait d’élever…des lamas, tiens. Une ferme de lamas au fin fond des terres écossaises.

    « Cadfael Stark ! »

    Son nom lui avait échappé soudainement, sur un ton aussi fâché que celui de son interlocuteur.

    « Moi, ce que je fais là ?! Et toi ? À ce que je sache, la femme vivante que je suis, à bien plus de chance d’être ici que l’homme MORT que tu es censé être ! Mais où sont l’air froid et les frissons de l’arrivée d’un fantôme ? Oh mais c’est que tu n’es pas MORT ! Tu me dois des explications ! Et…Et…Des excuses ! Et… »

    Elle tapa du poing contre le comptoir et se retourna aussitôt pour cacher ses larmes. La belle reprit place sur son tabouret, cachant son visage entre ses mains. Au fond d’elle, Klarissa était à la fois bouleversée, déçue, hors d’elle et remplie de questions. Elle se répétait inlassablement que tout ceci devait s’expliquer d’une façon logique, comme des hallucinations profondes par exemple, et qu’elle devait se ressaisir pour mener à bien sa mission. Mais si Cadfael n’était pas mort, et qu’il se tenait réellement là, à quelques mètres d’elle, alors qui était mort à sa place et surtout, pourquoi avait-il fait croire à sa mort ? Était-ce un stratagème, après toutes ces années de bonheur, pour annoncer à son aimée que c’était terminé ? C’était diabolique, bien trop méchant pour le Cadfael qu’elle connaissait. Elle revoyait encore le désespoir qu’elle avait ressenti lorsqu’on lui avait annoncé la mort de l’homme qu’elle aimait. Comment elle avait pleuré durant des jours et chercher un sens à sa vie. Cadfael n’aurait jamais pu faire une telle chose simplement pour lui faire du mal. Il y avait une raison et c’était sûrement hors de son contrôle. Klarissa essuya les quelques larmes qui s’étaient échappées sur ses joues et prit une grande inspiration pour reprendre ses esprits. Elle jeta un coup d’œil à son chocolat et referma machinalement l’une de ses mains sur sa tasse. Elle se releva ensuite, souleva la cage drapée d’un coup de baguette et se retourna pour faire face à Cadfael.

    « …Allons dans un endroit plus privé. »

    La sorcière regarda brièvement la serveuse avant de reporter son attention sur son interlocuteur.

    « Je crois que nous devons discuter. »

    Et enfin, sa tasse dans une main, sa baguette dans l’autre, la cage du serpent à ses côtés, elle plongea ses grands yeux noisette dans le regard de son aimé.
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    MessageSujet: Re: Le serpent à la Rose   Sam 18 Avr - 21:17

    Son nom claqua comme un coup de canon aux oreilles du mangemort rompant l’équilibre délicat qui s’était tissé entre leurs deux regards surpris. Cela faisait longtemps que plus personne ne l’avait appelé ainsi et il avait presque fini par oublier la sonorité de ce prénom. Cadfael. Avec cet accent anglais inimitable qui écorchait doucement quelques voyelles et un ton à la fois furieux et blessé. Avant de se rendre compte de ce qu’il faisait, le bâtard avait réagit à ce mélange en se redressant soudain, presque au garde à vous. Pour un peu, il se serait attendu à voir le Lord voire son père surgir de derrière la jeune femme. C’était d’ailleurs presque plus probable à ses yeux. Mais il n’eut pas le temps de répondre verbalement qu’elle réagit à son attaque.

    De moins courageux que lui auraient fuis devant la colère de la sorcière. Klarissa n’en avait pas l’air mais elle était forte, fière, et parfaitement capable de faire payer leurs trahisons à ses ennemis. Et l’on pouvait dire que son entrée en matière à lui n’avait pas été la plus intelligente.

    Tandis qu’elle montait le ton, Cadfael la regardait. Il sentait ses mains trembler mais n’y prêtait pas garde. Il savait qu’il aurait du l’arrêter mais ne s’en sentait pas le courage. Il la regardait sans arrêt, comparant celle qu’il avait devant les yeux avec la jeune femme de ses souvenirs. Elle était à la fois plus belle et moins attirante, moins parfaite, plus réelle. Et il n’avait absolument rien écouté de ce qu’elle venait de dire mis à part qu’elle venait d’exploser totalement sa couverture devant Johanna qui ne devait rien comprendre. Mais à quoi pensait-elle ?


    « Parle plus fort, je crois qu’il y a un poivrot sur Berlin Est qui ne t’a pas encore tout à fait entendu. »

    Il sursauta toutefois lorsqu’elle frappa le comptoir, faisant s’entrechoquer vaguement quelques verres. De surprise, sa main lâcha la poignée qu’il continuait à tenir jusque là et il fit un pas en avant au moment même où elle lui tournait le dos. Il était à la fois ému et très énervé. Principalement parce qu’il se doutait bien qu’elle pleurait et qu’il avait horreur des larmes mais aussi parce que…parce que… parce que voila quoi ! Qu’avait-elle à reparaître ainsi, l’air de rien pour le surprendre au moment où il était le plus faible possible et lui reprocher des idioties ?! Que croyait-elle ? Qu’il était plus facile de résister à l’attrait d’une femme bien vivante au deuil d’un homme mort ?! Elle avait eu le plus beau rôle dans la pièce, qu’elle n’aille pas lui reprocher ce qu’elle l’avait toujours su capable de faire. Il ne lui avait jamais caché à qui allait sa première allégeance.

    « Ici, on m’appelle William, Miss Hollister. Et oui, je pense préférable que nous parlions en privé.»

    La colère était devenue froide, seul rempart face à la violence de ses émotions. Il se sentait coupable et n’avait donc qu’une envie c’était de l’attaquer. L’effort qu’il fournissait pour ne pas lui faire plus de peine le faisait trembler, chose qu’il cachait de son mieux derrière sa froideur. Il ne savait pas ce qu’il voulait faire. Il ne savait pas ce qu’il devait faire. Le Lord avait interdit tout contact, de quelque manière que ce soit. Il avait bien précisé que personne de vivant ne devait le savoir ici. Cela voulait-il dire qu’il allait devoir lui effacer la mémoire ? En avait-il seulement la force et la volonté. Pas sur. Parce que derrière toute cette violence, c’était la joie qui lui faisait monter les larmes aux yeux.

    Il prit sur lui pour faire quelque pas en avant, sortit du bar sans se presser mais sans traîner des pieds pour autant et rejoignit la jeune femme le temps de lui prendre son étrange valise blanche. Connaissant la demoiselle, il devait y avoir une bestiole dedans et le mangemort espéra soudain qu’il s’agisse d’un oiseau. Sinon, il ne voyait pas pourquoi elle se serait donné tant de mal pour lui apporter un animal. Il n’avait pas son don envers eux. Enfin c’était une des choses qu’il allait devoir élucider avant de savoir ce qu’il allait devoir faire de son aimée.


    « Par ici, je te prie »

    Il la conduisit rapidement vers la petite salle de lecture, posa le truc sur une petite table, alluma un feu et se servit un verre de whisky. Au diable les médicomages et leurs contre-indications, il en avait bien besoin. Il avait oublié combien elle sentait bon…

    Il lui indiqua un siège, s’assit en face, ni trop proche, ni trop éloigné (quoique si, beaucoup trop à son goût) et décida de prendre les rênes de la conversation.


    « Alors, j’attends tes explications. Qu’est ce qui t’a pris de venir me voir comme ça tout d’un coup hein ?! Sans prévenir surtout ! Et c’est quoi cette scène ! Je te signale que c’est toi qui es apparue Miss Je-suis-vivante. Maintenant je vais devoir modifier la mémoire de Johanna qui n’a rien demandé à personne et n’y est pour rien. Tu te rends compte de la somme de travail que tu m’imposes là ? »

    Il n’avait pas envie de se disputer avec elle mais c’était la seule solution. Il fallait qu’il soit assez en colère pour pouvoir faire son devoir au cas où. Et encore, il n’était pas certain que cela suffise. Non, soyons franc, il préférait mourir que de toucher à un seul de ses cheveux. Ce genre de torture était-elle sa punition pour son malaise ? Mais pourquoi ?

    « Qu’est ce que tu as fait de Deryn d’ailleurs, hein ?! »

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    MessageSujet: Re: Le serpent à la Rose   Mar 21 Avr - 4:20

    Klarissa ne porta pas attention aux reproches de Cadfael au sujet de son ton. C’est vrai, elle avait parlé plutôt fort, voire crier en fait, mais il n’avait pas le droit de le lui reprocher. Elle le revoyait, vivant, après quatre ans de disparition après tout ! L’émotion avait pris le dessus sur son bon sens et les mots lui avaient échappé jusqu’à ce que les sanglots viennent couper son flot de paroles. Elle s’en prit au comptoir avant de retourner à sa place et avait pris un moment pour se remettre du choc. Juste assez pour tenir une conversation civilisée. Mais intérieurement, l’apothicaire avait envie de se laisser aller à l’une de ces crises d’hystérie célèbres chez les Hollister. À vrai dire, l’histoire de l’hystérie hollisterienne était encore plutôt floue parce que dix ans plus tôt, lors d’une dispute familiale, Roselle Hemerson avait affirmé que les Hollister étaient hystériques. Lithius avait alors rétorqué que c’est elle qui était hystérique et Roselle avait riposté en disant que si elle était hystérique, c’était bien parce qu’elle était devenue une Hollister en se mariant avec lui. La discussion s’était arrêtée là alors que Lithius ricanait dans son coin : son épouse venait ouvertement d’avouer qu’elle était hystérique. Klarissa hésitait donc à piquer une crise digne de ce nom lorsqu’elle réussit à se calmer. Elle ramassa sa tasse de chocolat écossais, parce que mine de rien il était bon et elle refusait de gaspiller. Elle souleva la cage du gladiateur et proposa calmement d’aller discuter ailleurs, dans un endroit plus privé. Son regard se porta un instant sur la serveuse; parlait-elle anglais ? Comprenait-elle un seul mot de ce qu’ils racontaient ? Elle espérait que non.

    « Ici, on m’appelle William, Miss Hollister. Et oui, je pense préférable que nous parlions en privé. »

    Il était froid, glacial. La sorcière fronça les sourcils et ses mains se crispèrent. Miss Hollister; les mots résonnèrent dans son cerveau comme une gifle. Elle serra les dents et se força à rester concentrée sur ce qui lui importait vraiment : sa mission. Elle se fit violence pour oublier tout ce qui se passait présentement, elle repassa lentement chacun des mots de la lettre du Lord et ferma un moment les yeux avant de laisser Cadfael prendre la cage du serpent. Un faible sourire se dessina sur ses lèvres alors qu’elle pensait au reptile qui attendait patiemment de pouvoir sortir. Klarissa suivit donc l’homme vers une petite salle et resta dans l’encadrement de la porte alors qu’il se servait un whisky. Elle préférait nettement son chocolat. La belle s’installa sur le fauteuil désigné et but une petite gorgée de sa tasse. Cadfael commença alors son discours.

    « Alors, j’attends tes explications. Qu’est ce qui t’a pris de venir me voir comme ça tout d’un coup hein ?! Sans prévenir surtout ! Et c’est quoi cette scène ! Je te signale que c’est toi qui es apparue Miss Je-suis-vivante. Maintenant je vais devoir modifier la mémoire de Johanna qui n’a rien demandé à personne et n’y est pour rien. Tu te rends compte de la somme de travail que tu m’imposes là ? »

    Elle garda le silence, certaine qu’il n’avait pas terminé. Elle avait raison.

    « Qu’est ce que tu as fait de Deryn d’ailleurs, hein ?! »

    Klarissa prit une grande inspiration. Elle se sentait blessée, vexée, mais elle reprit lentement contact avec celle qu’elle était auparavant. Sa plus grande peur avait longtemps été l’attachement. Parce que lorsque l’on s’attachait, la séparation était toujours plus dure. Elle ne voulait plus s’attacher, elle voulait être la Klarissa solitaire qu’elle avait été. De nouveau, elle se réfugia dans ses pensées en buvant son chocolat. Plus jamais d’attache. Elle se contenterait de sa fille, parce qu’elle était ce qu’elle avait de plus précieux. Toute personne susceptible de la quitter douloureusement resterait désormais en dehors de sa vie, point final. Klarissa déposa sa tasse sur la petite table.

    « Ne t’inquiètes pas pour Anwen. Elle est en sécurité chez mes parents, sûrement avec son cousin à l’heure qu’il est. »

    Si Tobias ne pouvait pas venir chez sa sœur, il se rendait chez sa mère. Et avec lui sa femme et son fils, comme une paire de chaussures fétiche.

    « Pour ce qui est de mes explications, les voilà : je ne suis pas ici pour toi. », fit-elle en relevant les yeux vers lui. « J’ai une mission à remplir et elle s’achevait à cet endroit, dans ce bar. On m’a chargé d’aller chercher quelque chose et de le remettre au gérant de la Rose Rent, point. »

    Elle hésita un moment avant de retirer le drap blanc qui recouvrait la cage du serpent. Le gladiateur se déroula alors brusquement en sifflant et leva sa tête en pointe pour observer les humains par-delà la vitre. Klarissa redressa les épaules et se raidit, les sourcils légèrement froncés, regardant de haut la créature. Le serpent avait encore grandi de quelques centimètres; lorsqu’il vit la sorcière, il secoua étrangement la tête comme s’il protestait, puis s’enroula de nouveau sur lui-même. Ses yeux noirs restèrent fixés sur la femme un instant avant qu’il ne se désintéresse d’elle.

    « Voici un serpent gladiateur, c’est une espèce rare. J’ai dû faire la moitié de la planète pour l’avoir. Cela fait déjà douze jours que j’ai quitté l’Écosse. Je suis passée par l’Afrique, je suis même allée en Océanie et finalement en Amérique, avant de venir ici, pour te remettre le trésor. D’après ce que je sais, tu es celui chargé de remettre le serpent au…destinataire. J’ai par contre quelques recommandations à te faire. Ne le laisse jamais sortir de cette cage, nourris-le de rats domestiques, morts de préférence, il chasse rarement lorsqu’il est petit. C’est un bébé, il a besoin d’attention et surtout de discipline. Ne montre jamais ta peur et ne laisse personne s’approcher de lui. S’il se dresse, ne recule pas. »

    Comme conscient que l’on parlait de lui, le serpent se redressa de nouveau, cette fois plus lentement. Il se tourna vers Cadfael et ouvrit la gueule, montrant ses crochets venimeux comme on brandit un couteau. Klarissa tapa bruyamment des mains pour attirer l’attention du reptile et lui ordonna fermement d’arrêter. Elle reporta ensuite son attention sur son interlocuteur.

    « J’ai terminé ma mission. Je ne te dérangerai pas plus longtemps, William. »

    Elle avait craché son nom avec une légère grimace, laissant clairement paraître la tristesse et l’incompréhension, ainsi que la colère qui bouillait dans ses veines. Mais elle ne rajouta rien. Et d’ailleurs, malgré sa déclaration marquant la fin de son discours, elle ne quitta pas sa place, le regard fixé sur l’homme qu’elle aimait toujours.
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    MessageSujet: Re: Le serpent à la Rose   Dim 3 Mai - 4:37

    Elle était en colère. On le serait à moins et Cad’ trouvait même qu’il avait du mettre le paquet pour la rendre dans cet état. Et pourtant, malgré le choc, la fatigue et l’énervement, elle tenait toujours bon, restant cohérente, froide et fière à tel point qu’il avait envie de la prendre dans ses bras pour qu’elle y étouffe sa peine. Il la regardait, le teint pâle, les sourcils froncés par la discipline qu’il s’imposait et l’esprit en ébullition. Il cherchait dans son discours tout ce qui pouvait le vexer. Pour rester en colère. Pour continuer à la frapper de mots jusqu’à ce qu’elle cède, jure de ne plus jamais le revoir. Jusqu’à ce qu’elle meurt dans son cœur puisqu’il ne pouvait visiblement rester mort dans son esprit. Pour rester en colère jusqu’à ce qu’il puisse s’effacer totalement de sa mémoire.

    Merlin qu’il n’aimait pas ça. Ne la revoir après toutes ces années que pour la perdre à tout jamais. Rien de ce qu’il n’avait pu faire ne méritait pareil châtiment. Il avait été sage par Merlin, refusant d’écouter son instinct, obéissant aux ordres aussi durs soient-ils. Il avait renoncé à sa vie, s’en était inventé une autre à cinquante ans passées…non, cela ne pouvait être une punition, Il ne l’aurait pas permi et….


    « Je ne suis pas venue ici pour toi. »

    Ouch. Ça faisait mal. C’était probable, il le savait même pour être franc mais son amour propre venait d’en prendre un coup. Dur de se dire qu’on est pas le centre du monde, même de celui de ceux qu’on aime. Toutefois, la suite le rendit perplexe. «On » lui avait expressément demandé de parler au gérant de la Rose Rent. Il s’agissait d’une mission. Les mots utilisés ne laissaient guère place au doute et pourtant, cela n’avait aucun sens. Car si sa couverture devait être exposée, Il l’aurait prévenu, non ? Pour qu’il n’agisse pas aussi bêtement et…

    Soudain, Cad’ se sentit plus ridicule qu’il ne l’avait été lorsque Slughorn l’avait ignoré devant tout Poudlard lors de sa dernière année. Il venait de passer dix minutes à essayer de se disputer avec sa femme et tout ça pour rien. C’était évident pourquoi n’y avait-il pas pensé plus tôt ? S’ils s’étaient retrouvés c’était qu’Il l’avait décidé puisque rien n’arrivait sans Son accord.

    Dans tout cela, beaucoup de choses passèrent à la trappe. Si Cad entendit qu’Anwen était en sûreté (et cela le rassura énormément sans qu’il sache réellement pourquoi. Il n’avait pas oublié sa fille bien sûr et beaucoup d’enfants lui faisaient penser à elle mais plus que tout c’était Klarissa qui lui manquait. Deryn n’était certainement plus l’enfant qu’il avait laissé derrière lui.), l’histoire du serpent lui passa carrément par-dessus la tête. Il entendit bien qu’elle avait fait le tour du monde pour le retrouver et qu’il lui fallait des souris vivantes (pas très dur à se procurer pour un animagus rapace, les souris et autres rongeurs étant la base de l’alimentation du volatile qu’il abritait en lui) mais le principal, à savoir qu’il s’agissait d’un reptile sans pattes et pourvu de croc venimeux lui échappa, du moins au début.

    Aussi, quand il se dressa pour la deuxième fois, lentement, ses yeux froids fixés sur lui, Cad’ recula d’un pas. La bête le sentit probablement puisqu’elle sortit ses crocs comme deux poignards avant de reculer sous le regard de braise de sa propriétaire. Comme endormit par ses émotions (ou ses potions au choix), le mangemort mit quelques secondes à entendre son amour prendre congé. Il réagit par réflexe, un véritable cri du cœur et d’un geste de baguette, il verrouilla la porte.


    « Non, attend, ne pars pas ! »

    Le sort siffla juste au dessus de la cage et frappa le panneau de bois avec une force un rien surdosée (les gonds tremblèrent). Décontenancé par sa propre violence (si les Hollister étaient hystériques, les Stark avaient quand à eux une tendance pas toujours contrôlée à la violence qui les menait à frapper leurs elfes de maison ou, dans le cas du Gryffondor, les murs qui passaient à portée de main), le mangemort posa sa baguette et regarda Klarissa qui attendait certainement une explication à son comportement. Seulement, il n’en avait pas. C’était pour ça qu’il se sentait con.

    « Je…euh… j’ai pas tout compris Klary. Tu ne repars pas avec moi pour livrer le… »

    Serpent. Tu vas arriver à le dire. Ser-pent. Deux syllabes. Pense à Rogue* ça devrait t’aider.

    « … le…l’animal ? Et je dois le livrer ? Quand ? A un endroit précis ? Il y a une limite ? J’ai combien de temps pour me préparer ? Je reviendrais en Allemagne après ou pas ? »

    Ce n’étaient pas le genre de questions qu’il posait d’habitude à voix haute ni avec autant d’hésitation. C’était d’ailleurs à première vue une mission simple. Prendre le serpent, passer la frontière, poser le serpent. Et on verrait le reste à ce moment là. Mais si les questions pouvaient retenir Klarissa, si elles pouvaient lui faire comprendre ce qu’il n’arrivait pas à dire derrière, alors c’était toujours ça de prit.

    « On t’a vraiment ordonné de venir me voir ? Parce que si c’est le cas je… »

    Il baissa la tête.

    « Je suis désolé de t’avoir parlé comme ça. Je voulais te mettre en colère, pour que tu m’oublies et que ce soit plus enfin moins douloureux pour nous deux mais je ne peux pas. Je suis désolé. »

    Il était pathétique. Merlin, comment pouvait-il se laisser aller à être dans cet état devant qui que ce soit ? Se mettre à pleurer ou se répandre en excuses n’arriverait à rien, il devait affronter ses propres erreurs et réparer au mieux. Relever la tête, sourire, la regarder droit dans les yeux et assumer ses actes. Elle n’avait pas besoin de savoir qu’il était malade, tout ce qu’il fallait qu’elle comprenne, c’était qu’il l’aimait toujours.

    « Tu veux bien m’écouter avant de partir s’il te plait ? Que j’essaie au moins de réparer mes bêtises ? »

    Ce n’était pas une prière. Mais c’était pas loin.

    [HJ : * Jeu de mot crétin de la joueuse sur Snake et Snape. Pas taper, il est tard]

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    MessageSujet: Re: Le serpent à la Rose   Mar 19 Mai - 20:26

    Klarissa était effectivement furieuse. Non seulement parce qu’elle découvrait qu’alors qu’elle pleurait la mort de Cadfael, il se cachait ici sous un autre nom, mais qu’en plus, il était mécontent de la voir et se permettait de lui faire des reproches. Malgré sa frustration, la sorcière avait suivi le patron de la Rose Rent dans une autre pièce et avait même été assez calme pour écouter son discours et ses questions sans lui jeter sa tasse à la figure et libérer le gladiateur en guise de vengeance. Pauvre serpent, il était de toute façon encore trop petit pour avaler un corps humain en entier, surtout vivant. Dans trois semaines, il le pourrait par contre. Dévorer et digérer une proie humaine seraient aussi simple que de ramper pour ce petit trésor sifflant. Tiens, avec un peu de chance, Cadfael ne l’aurait pas encore livré et sa phobie des serpents rendrait le Gladiateur nerveux. Assez nerveux pour attaquer. La femme chassa rapidement ces idées macabres de sa tête alors qu’elle ordonnait au serpent d’arrêter de montrer les crocs. Il sentait la peur, la colère, la tristesse et le pauvre petit ne pouvait faire autrement que de montrer son mécontentement, mais sa gardienne se tenait droite et fière pour lui montrer que tout allait bien. Enfin, presque.

    Lorsqu’elle estima que le barman en savait assez au sujet du serpent, la sorcière annonça son départ –départ qui se voulait définitif. Cependant, elle n’eut pas le temps d’atteindre la porte, à peine le temps de quitter son fauteuil, Cadfael protesta brusquement et verrouilla la porte d’un sort qui fit sursauter Klarissa. Elle retrouva lentement sa place sur le fauteuil, son regard à la fois effrayé et perplexe posé sur son interlocuteur. Pourquoi refusait-il qu’elle parte ? N’avait-il pas tout fait quelques minutes plus tôt pour la voir disparaître ? Ou alors peut-être était-ce simplement parce qu’il ne se sentait pas à l’aise en compagnie du serpent, il allait sûrement lui demander plus de précisions avant de la chasser sans ménagement.


    « Je…euh… j’ai pas tout compris Klary. Tu ne repars pas avec moi pour livrer le… »

    Voilà, c’était pour le serpent, juste pour ce petit reptile.

    « … le…l’animal ? Et je dois le livrer ? Quand ? A un endroit précis ? Il y a une limite ? J’ai combien de temps pour me préparer ? Je reviendrais en Allemagne après ou pas ? »

    Klary. Il avait tout de même dit Klary. Ce n’était pas Miss Hollister, ni même Klarissa. Tout n’était peut-être pas perdu. Il semblait déjà plus hésitant, bien moins furieux. Il devait certainement y avoir une raison qui l’avait poussé à se montrer aussi désagréable envers elle. Et ce devait être une bonne raison, une raison majeure.

    « Je ne viens pas avec toi, d’ailleurs je ne dois pas retourner chez moi tout de suite. Pour le reste, je l’ignore…J’imagine qu’IL te contactera. »

    Elle avait fait ce qu’elle avait à faire, le reste ne la concernait pas. Le Lord s’occuperait certainement de faire parvenir les détails à son émissaire et elle pourrait éventuellement retourner chez elle. Et sa récompense ? Le Seigneur des Ténèbres avait dit qu’elle serait au-delà de ses espérances…Qu’est-ce qui pouvait être au-delà de ce qu’elle espérait ?

    « On t’a vraiment ordonné de venir me voir ? Parce que si c’est le cas je… Je suis désolé de t’avoir parlé comme ça. Je voulais te mettre en colère, pour que tu m’oublies et que ce soit plus enfin moins douloureux pour nous deux mais je ne peux pas. Je suis désolé. »

    Le Lord savait pertinemment que Cadfael était le gérant de la Rose Rent. Et il l’avait envoyé ici exprès. C’était sa récompense : c’était évident. Revoir l’homme de sa vie était bien au-dessus de tout ce qu’elle aurait pu espérer et le Lord lui avait offert cette opportunité. Mais pourquoi maintenant ? Pourquoi, après tout ce temps, avait-elle le droit de le revoir ? Pourrait-elle rester avec lui ? Anwen pourrait-elle le revoir aussi ? Soudainement, le visage de Klarissa perdit toute trace de frustration. Elle n’était plus en colère; elle était à la fois triste et perplexe. Elle replaça lentement une mèche de cheveux derrière son oreille et se mordit la lèvre inférieure.

    « Tu veux bien m’écouter avant de partir s’il te plait ? Que j’essaie au moins de réparer mes bêtises ?
    - Cadfael…Je t’écouterai, mais laisse-moi tout d’abord m’expliquer. Le Lord m’a dit que je serais récompensé pour mon travail et que ma récompense serait au-delà de mes espérances…Je crois que j’ai trouvé ce à quoi il faisait référence. IL nous a autorisés à nous revoir. Et comme nous n’étions, ni toi ni moi, au courant de ce privilège…Tout a mal tourné. »

    Elle se leva lentement et s’approcha de la cage du serpent, où elle posa les mains. Le Gladiateur se déroula une nouvelle fois, paresseusement, et jeta un coup d’œil à la sorcière avant de retourner à son observation des alentours. Sa maîtresse de quelques jours caressa distraitement les barreaux avant de relever les yeux vers son interlocuteur.

    « Je suis désolée d’avoir fait une telle scène…Mais comprends-moi, après tout ce temps…Tu étais mort à mes yeux, j’étais persuadée de ne plus jamais te revoir et maintenant…maintenant, tu es là, bien vivant. »

    Elle recula lentement pour se rasseoir et soupira avant de baisser les yeux.

    « Voilà, j’ai terminé. »
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    MessageSujet: Re: Le serpent à la Rose   Jeu 18 Juin - 15:17

    Il avait touché le fond. Pis même, il s’enlisait à présent dans la vase et se sentait aspiré encore plus bas. Toujours plus bas, jusqu’à ne plus pouvoir respirer. Il était perdu. Son esprit, habituellement calme et serein avait la clarté de la mer du nord après le naufrage d’un pétrolier moldu et son corps qui l’avait si souvent aidé quand il devait cacher ses pensées lui faisait défaut. Il tremblait. Peu certes, à peine au niveau des mains, juste un frémissement musculaire mais tout de même, il se sentait trahi. Et le pire dans tout cela c’était qu’il était totalement responsable de ce qui se passait.

    Cadfael, à cet instant, aurait donné n’importe quoi pour retrouver un terrain solide. Une furieuse envie de transplaner loin d’ici le démangeait. Les choses étaient simples avant. Il était mort. Il était seul. Il était triste. Il allait mourir. Soit à la tâche, soit de fatigue, soit tué par son Maître parce qu’il était trop paumé pour faire ce que l’on attendait de lui. Et surtout, il ne s’impliquait pas dans autre chose que son travail. Mais là, il ne savait plus s’il devait rire ou pleurer, remercier les cieux ou maudire les enfers. Il avait envie de fuir.

    Et c’est pourquoi il ne bougea pas.


    « Je ne viens pas avec toi, d’ailleurs je ne dois pas retourner chez moi tout de suite. Pour le reste, je l’ignore…J’imagine qu’IL te contactera. »

    « Oh. Bon. Euh… »

    Oui, on reconnaissait bien là le bras gauche du Lord et sa capacité a toujours trouver les mots qu’il fallait pour se sortir avec brio des situations les plus épineuses…n’est ce pas ? D’ailleurs la suite de son discours débordait littéralement de confiance en soi et n’était absolument pas pitoyable… Il déglutit et fit un vague geste de la main pour inviter son amie à s’exprimer sans détour. Sur son visage mobile et pour une fois totalement transparent, l’on pouvait voir de la honte, puis de la surprise, de la stupeur et une joie timide qui pointait le bout de son nez. Il se conduisait comme un sagouin et c’était elle qui s’excusait. Méritait-il seulement l’amour d’une telle femme ? Probablement pas mais s’il arrivait par extraordinaire qu’elle l’aime encore, il n’allait sûrement pas le refuser.

    « Rwy'n dy garu di »

    C’était tout ce qu’il trouvait à dire. A peine un murmure mais dans lequel il y avait une force terrible. Il y mettait toute sa peine, ses cinq ans d’exil, sa culpabilité, sa peur et ses espoirs dans ces quelques mots. Je t’aime.

    Elle se leva lentement, il fit un pas vers elle. Elle s’approcha de la cage du serpent, y posa ses mains, il fit un nouveau pas. Le reptile se déroula…pas en arrière main dans les poches. Il allait tout de même falloir qu’il arrive à prendre cette cage s’il voulait pouvoir la déplacer un jour.


    « Tu n’as pas à être désolée, c’est moi qui m’excuse de devoir t’imposer tout ça. Comment…comment tu vas ? Tu arrives à t’en sortir ? Qu’est ce que tu es devenue ? Tu as réussi a trouver un logement le temps de ta mission ? Tu as besoin d’aide ?»

    La vase autour de lui devenait de moins en moins visqueuse mais lui emprisonnait les chevilles. Il était toujours totalement pris dans ses émotions, seul son contrôle revenait. Et avec lui, son sourire habituel. Sa voix reprenait un timbre correct, il arrivait à parler anglais sans hésiter à chaque syllabe, mais ses yeux gris, perdus, cherchant le regard de la jeune femme comme une ancre, disaient tout autre chose. Comment franchir un gouffre de cinq ans de deuil ? Comment s’excuser alors qu’il se savait capable de recommencer exactement la même chose le lendemain ? Et comment lui imposer son amour alors qu’il ne le méritait pas ? Non, il allait lui parler comme à n’importe quelle connaissance. Il allait arrêter de fuir et accepter la réalité. Cela ne pourrait jamais redevenir comme avant. Mais au moins il avait fini de mentir.

    « Tu voudras que je te rapporte quelque chose d’Angleterre ? »

    Voila. Restons neutres. Et voyons si Klary sait toujours lire entre les lignes.

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    MessageSujet: Re: Le serpent à la Rose   Jeu 27 Aoû - 17:46

    Les choses semblaient se calmer, s’arranger. Il ne voulait pas qu’elle parte et sincèrement, la sorcière n’avait pas envie de partir. Surtout si cela signifiait ne plus jamais revenir, ne plus jamais le revoir. Mais décidément, elle avait trop lu de romans d’amour depuis la disparition de Cadfael, parce qu’elle s’était bêtement attendue, au moment où la porte avait claqué, à une déclaration passionnée. Au lieu de cela, elle avait eu droit à de vagues questions au sujet du reptile qui devait être livré au Lord. La femme avait répondu avec tout le calme qu’elle possédait et toute la diplomatie dont elle était capable, qu’elle ne connaissait pas tous les détails au sujet du rapatriement du serpent en Angleterre. C’était vexant, de venir jusqu’ici et finalement de n’avoir qu’à s’occuper d’une bestiole. Klarissa avait envie que Cadfael s’occupe d’elle et qu’il oublie un instant le petit Gladiateur. Et soudainement, tout s’éclaircit. Tout se déroulait exactement comme c’était prévu. Le Seigneur des Ténèbres savait déjà ce qui arriverait; les deux sorciers se rencontreraient, seraient bouleversés, ils discuteraient…Elle était là, la récompense du Lord. Ils s’étaient retrouvés et avaient le droit de rester ensemble à présent. Évidemment, ça ne devait pas nuire à leurs emplois respectifs, mais toute la mascarade entourant la mort de l’écossais était enfin terminée. Suite à cette réalisation, la sorcière se sentit aussitôt coupable. Il s’excusait alors qu’elle avait été si désagréable. Elle avait crié, elle l’avait accusé et la serveuse savait possiblement qu’il se passait quelque chose de louche. Elle avait causé pas mal de dégâts en débarquant ici, c’était à elle de s’excuser, ce qu’elle s’empressa de faire.

    Elle était désolée d’avoir fait une scène, désolée de ne pas avoir gardé son calme devant une telle situation, désolée d’avoir été aussi froide. Son compagnon parla mais elle ne capta pas tout de suite ce qu’il venait de dire. Elle continua de se répandre en excuses avant de retourner s’asseoir. C’est alors seulement que son cerveau repassa les paroles de Cadfael. C’était court, mais cela voulait tout dire. « Rwy’n dy garu di », je t’aime. Elle releva les yeux vers lui mais n’eut pas la force de dire ce qu’elle voulait : je t’aime aussi. Je ne t’ai jamais oublié, je t’aime et je t’ai toujours aimé. Mais elle resta silencieuse. Elle se contenta de regarder Cadfael avec de grands yeux qui se remplirent bientôt de larmes.


    « Tu n’as pas à être désolée, c’est moi qui m’excuse de devoir t’imposer tout ça. Comment…comment tu vas ? Tu arrives à t’en sortir ? Qu’est ce que tu es devenue ? Tu as réussi à trouver un logement le temps de ta mission ? Tu as besoin d’aide ? »

    La sorcière esquissa un faible sourire. Tout s’arrangerait à présent, il fallait seulement qu’ils se mettent à jour, après tout ce temps passé loin l’un de l’autre. Ils allaient discuter longuement de toutes ces années, Anwen verrait enfin son père, ils formeraient de nouveau une famille unie et où que ce soit, en Angleterre ou ici, en Allemagne, Klarissa serait heureuse.

    « Tout va bien, Cadfael…J’ai décidé de me consacrer totalement à l’éducation d’Anwen quand tu as « disparu ». Présentement, pour tout te dire, j’ai pris une chambre dans un motel…Je ne suis ici que depuis peu, je reviens tout juste d’Amérique avec le petit. »

    Avait-elle besoin d’aide ? Elle prit un instant pour y réfléchir; elle se débrouillait bien toute seule au fond, elle avait pris l’habitude de ne compter que sur elle-même. Depuis toujours, ne dépendre de personne avait été sa règle d’or, s’attacher était trop douloureux. Elle avait pourtant fait une entorse à la règle avec Cadfael. Et depuis la naissance de sa fille, elle avait continué de tordre et contourner cette règle.

    « Je ne crois pas avoir besoin d’aide…Enfin, pas particulièrement. Tu sais, j’ai encore ma chambre jusqu’à ce soir et je compte trouver une autre chambre le plus tôt possible. Je me débrouille…J’ai appris un peu d’allemand et comme je dois rester encore un moment, j’ai de quoi préparer de la potion Polyglotte. Je me suis même préparée quelques fioles de Polynectar, ça peut toujours m’être utile. »

    L’anglaise quitta finalement son fauteuil et s’approcha de nouveau de la cage du reptile; elle passa ses doigts au travers des barreaux et les appuya contre la vitre protectrice. Elle avait envie de déverrouiller la grille et de retirer la prison de verre pour caresser la petite tête fléchée du serpent. Mais bien évidemment, elle se retint et se consola en se rappelant que la petite bête aurait le meilleur des maîtres. Elle releva les yeux ver Cadfael.

    « Tu voudras que je te rapporte quelque chose d’Angleterre ? »

    Elle hésita un long moment avant de réussir à répondre à une question relativement simple. Il n’y avait qu’une seule chose qu’elle voulait avoir avec elle à l’instant.

    « Il n’y a rien à quoi je tienne réellement qui vaille la peine d’être ramené ici à part Anwen…Tu crois que le Lord accepterait que tu la ramènes ? Elle pourrait rester avec moi, nous serons discrètes…Mais si je dois rester en Allemagne jusqu’à ce qu’on m’autorise à repartir, j’ai besoin de ma fille. »

    Oui, elle en avait besoin. Encore une autre entorse à sa règle, elle dépendait de l’existence de sa petite rousse. Elle avait besoin d’elle pour se sentir vivante. Parce que si elle vivait toujours, c’est que son bébé lui avait donné toute la force nécessaire pour ne jamais abandonner, quelles que soient les circonstances. Elle espérait que le Seigneur des Ténèbres saurait lui accorder cette demande.
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    MessageSujet: Re: Le serpent à la Rose   Jeu 1 Oct - 4:19

    Cadfael n’avait jamais eu de problèmes avec les relations sociales. D’habitude, personne ne savait mieux que lui lire les visages et comprendre les raisons cachées mais là il était perdu. Que voulait dire ce regard, ces yeux pleins d’eau et de regrets ? Elle ne s’était pas remariée quand même ? Et pourquoi pas ? Anwen avait besoin d’un père et cela faisait cinq ans qu’il était mort. Même. Elle n’avait pas le droit. Il baissa la tête, incapable de savoir ce qu’il fallait penser, ni ce dont il avait vraiment envie. Et lorsqu’elle reprit la parole, cela ne l’éclaira pas plus, au contraire.

    Se consacrer à l’éducation de la petite. Jusqu’à quel point avait-elle poussé l’altruisme ? Et si ce n’était que pour la petite, ne pouvait-elle pas le quitter pour lui ? Qui était-il pour lui demander de changer toute sa vie pour son propre bonheur. Non, valait mieux s’effacer. Sauf qu’il n’avait pas envie. Pas du tout. Il avait envie de vomir. Il se rassit avant de tomber. Elle ne devait pas savoir qu’il était malade, sinon elle serait tentée de revenir par pitié et ça, c’était hors de question.


    « Si tu ne trouves pas, si tu…veux enfin si tu as besoin, j’ai une chambre d’amis chez moi. En tout bien tout honneur, je ne vais pas tarder à accomplir ma mission en Angleterre anyway. »

    Il n’arrivait pas à poser la question qui lui brûlait les lèvres et décida soudain de laisser l’avenir lui dire ce qu’il en était et s’en remettre au destin. Encore une fois. Fataliste il l’était depuis toujours et ce genre de comportement le rassurait. Il n’y avait aucun obstacle que le temps et l’obstination ne pouvaient aplanir. Tant qu’il restait en vie, il pouvait rêver. Cela suffisait.

    Il la suivit des yeux tandis qu’elle se levait, toujours aussi souple et fine, avant de s’approcher de la cage de l’affreux sac à main vivant. Il réprima une grimace et laissa son regard s’attarder sur les courbes de la sorcière plutôt qu’au reptile. Ses méninges tournaient à deux à l’heure mais assez toutefois pour saisir ce qui était important.


    « Tu crois que je pourrais t’emprunter du Poly ? Je ne peux pas rentrer au Pays sous mon vrai visage, j’y suis connu comme le loup blanc et il y aura bien une ou deux personnes pour me reconnaître quelque soit mon déguisement. Je te proposerais d’en refaire pour te dédommager mais je n’ai malheureusement pas progressé depuis la dernière fois que tu m’as vu m’essayer à la cuisine…a fortiori pour une potion. Je pourrais en acheter mais je connais mal le marché noir allemand. »

    Il fit une pause, regrettant de ne pas avoir étudié la légilimencie pour savoir à quoi elle pouvait bien penser. Sa requête ne la surprit toutefois pas vraiment. Si elle n’avait survécu que pour la gamine, il était normal qu’elle la veuille près d’elle. D’ailleurs en y repensant, elle était chez ses parents à elle, pas avec le beau-père. Il ne savait pas ce que cela voulait dire mais il s’y raccrochait.

    « Je demanderais pour toi aussi. A ton avis, si je la ramène que dois-je lui dire ? Elle est capable de garder un secret ou faut-il que je me fasse simplement passer pour William ? Je ne peux de toute façon rien dire à tes parents aussi il me faudrait un mot de ta part pour qu’ils me la confient. Je pense que je passerais également à Salix – si tu y habites toujours, sinon il me faudrait ta nouvelle adresse – pour prendre des habits pour la petite, peut-être quelques affaires pour toi également si tu dois rester. »

    Il sourit. Penser pratique, planifier et prévoir avaient toujours été facile pour lui. Il se retrouvait enfin en terrain totalement solide. Il avait une mission à remplir pour son Seigneur, une autre pour la femme qu’il aimait, il devait s’y préparer. Penser au moindre détail. Et oublier la potion qu’il était censé prendre toutes les quatre heures et qui l’embrouillait tellement qu’il en perdait tout sens de la gauche et de la droite.

    « En fait, tu me rendrais service en continuant à t’occuper du Gladiator tant que je ne serais pas près à partir. Comme ça le passage se fera *presque* en douceur et il sera moins traumatisé…non ? »

    En même temps, les états d’âmes du serpent il s’en foutait comme de la première robe de Junior. Il cherchait juste un prétexte pour rester en sa compagnie un peu plus longtemps. Jusqu’à ce qu’il soit fixé. En espérant que Morgane n’allait pas lui faire de visite surprise comme elle le faisait parfois pour veiller à sa santé. Ou en espérant qu’elle se pointe. Il ne savait pas trop.

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    MessageSujet: Re: Le serpent à la Rose   Sam 14 Nov - 20:10

    La situation se rétablissait lentement. Il voulait avoir de ses nouvelles, si elle avait besoin d’aide, où elle dormait…La sorcière était partagée entre le besoin de discuter calmement et l’envie de se jeter dans ses bras. Elle voulait laisser derrière elle les dernières années et rattraper le temps perdu. Elle trouverait un moyen de tout expliquer à Anwen en omettant de partager les détails de la Cause; elle se contenterait de dire que son père avait dû partir pour son travail. Elle ne dirait rien pour l’instant par contre, elle avait encore besoin de temps pour trouver les bons mots. Elle en discuterait avec Cadfael, il trouverait sûrement la meilleure solution. Après tout, il avait toujours mieux su quoi dire et ne pas dire; elle n’arriverait jamais à cacher volontairement des choses à sa petite princesse. Elle avait tout abandonné pour sa fille lorsque son compagnon s’était évanoui dans la nature, elle avait vendu tout ce qui la rattachait à Londres et s’était supprimé tout semblant de vie sociale. Et présentement, la perspective de rester quelques jours loin de sa petite chérie lui semblait insupportable. La sorcière chassa un instant de ses pensées Anwen et se concentra sur la discussion actuelle, qui concernait son séjour en Allemagne.

    « Si tu ne trouves pas, si tu…veux enfin si tu as besoin, j’ai une chambre d’amis chez moi. En tout bien tout honneur, je ne vais pas tarder à accomplir ma mission en Angleterre anyway. »

    Dormir chez lui ? C’était évidemment une solution qui lui éviterait de courir les chambres durant son voyage. Mais ne serait-ce pas étrange d’y rester durant son absence ? Non, après tout, c’était une invitation aimable, si Cadfael lui proposait une chambre chez lui et précisait qu’il ne tarderait pas à quitter pour l’Angleterre, c’était signe qu’il n’était pas embêté par le fait de la voir chez lui. La sorcière quitta son fauteuil pour s’approcher –non pas de son interlocuteur- mais bien de la cage vitrée du reptile. Elle posa les mains contre la paroi, pensive.

    « Tu crois que je pourrais t’emprunter du Poly ? Je ne peux pas rentrer au Pays sous mon vrai visage, j’y suis connu comme le loup blanc et il y aura bien une ou deux personnes pour me reconnaître quelque soit mon déguisement. Je te proposerais d’en refaire pour te dédommager mais je n’ai malheureusement pas progressé depuis la dernière fois que tu m’as vu m’essayer à la cuisine…a fortiori pour une potion. Je pourrais en acheter mais je connais mal le marché noir allemand. »

    Le marché noir allemand ? Elle se familiariserait avec le milieu durant l’absence de Cadfael, ce serait une belle occasion de sortir, une activité intéressante. Et puis, traîner dans les ruelles sombres de Berlin ne devait pas être bien différent que de traîner dans les ruelles sombres de Londres.

    « Ne t’inquiètes pas, j’ai assez de Polynectar pour la durée de ton voyage…Après tout, je n’en ai pas besoin ici, personne ne sait qui je suis. Tu n’auras pas besoin de mettre le désordre dans ta cuisine. »

    Klarissa esquissa un sourire amusé à l’idée de voir Cadfael et ses chaudrons. De toute façon, ce serait trop long : le Polynectar était une potion qui prenait toujours une éternité à faire, à cause des chrysopes cuits. Son compagnon prévoyait certainement de partir dans les prochains jours, pas dans un mois. Vint ensuite une question qui aurait pu paraître simple dans le cas où Cadfael serait parti à l’épicerie : « Tu voudras que je te rapporte quelque chose d’Angleterre ? ». Mais dans le cas présent, il quittait le pays et il n’y avait bien entendu qu’une seule chose à laquelle la sorcière tenait réellement au Royaume-Uni. Elle voulait sa fille avec elle ici.

    « Je demanderais pour toi aussi. A ton avis, si je la ramène que dois-je lui dire ? Elle est capable de garder un secret ou faut-il que je me fasse simplement passer pour William ? Je ne peux de toute façon rien dire à tes parents aussi il me faudrait un mot de ta part pour qu’ils me la confient. Je pense que je passerais également à Salix – si tu y habites toujours, sinon il me faudrait ta nouvelle adresse – pour prendre des habits pour la petite, peut-être quelques affaires pour toi également si tu dois rester. »

    Il y eut une petite pause, un sourire, et l’homme termina sur le sujet du serpent.

    « En fait, tu me rendrais service en continuant à t’occuper du Gladiator tant que je ne serais pas près à partir. Comme ça le passage se fera *presque* en douceur et il sera moins traumatisé…non ? »

    L’apothicaire hésita un instant avant de dire quoi que ce soit, réfléchissant aux mots qu’elle devait prononcer et dans quel ordre. Elle souleva d’une main ses cheveux et attrapa de l’autre une lanière de cuir nouée à son cou à laquelle elle portait la clé de Salix. Elle détacha le ruban et tendit la clé à Cadfael, un faible sourire aux lèvres.

    « Je suis d’avis qu’on ne dise rien à la petite pour le moment, le temps que la situation soit claire entre nous…Le temps de trouver les bons mots pour lui expliquer. Je ne veux pas la perturber, elle a mis du temps à se faire à l’idée que son père était mort…Et, je ne veux pas être pessimiste, le Lord nous a permis de nous revoir, mais pour combien de temps ? Si nous devions repartir chacun de notre côté, je ne veux pas qu’Anwen en soit bouleversée. Et pour le Gladiator, tu as raison. Ce n’est encore qu’un bébé et il a passé presque toute sa petite existence dans une cage…Il a besoin d’attention. Jusqu’à ce qu’il soit confié au Seigneur des Ténèbres. »

    Klarissa prit sur la table la tasse de chocolat écossais qu’elle avait ignoré jusqu’à maintenant. Elle le porta à ses lèvres et grimaça légèrement lorsqu’elle se rendit compte que son breuvage était froid. Les premières gorgées avaient été bonnes au moins…
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