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     Son et Lumière [Diana]

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    William Stark
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    MessageSujet: Son et Lumière [Diana]   Lun 16 Fév - 5:10

    On était lundi. Un jour de semaine comme les autres pour la plupart des gens normaux. Le week-end pour ceux qui profitaient des loisirs de la majorité pour s’enrichir. Ou pour le dire plus simplement, pour ceux qui faisait du divertissement leur profession. On ne pouvait bien sur pas dire qu’un bar était une activité très artistique mais la loi obligeait les commerçants à fermer un jour par semaine et Cad, en souvenir de son temps passé avec la Jet Set américaine, avait choisit celui-ci. Et puis c’était le jour où Klary fermait sa boutique et il avait prit l’habitude d’en profiter avec elle.

    Un sourire. Pas le premier, certainement pas le dernier en cette fin de Mars ensoleillée. Les rayons du soleil rasaient à présent l’eau du petit lac artificiel. Les pluies abondantes de la semaine passées avaient foncé les pousses vertes tendres du gazon et les paons se baladaient sans honte dans cet éden de vert et d’eau. Les rares passants pourtant ne profitaient pas du paysage. Les amoureux n’avaient d’yeux que l’un pour l’autre, les sportifs foulaient la terre sans se préoccuper du cadre ; les peintres s’en imprégnaient pour essayer de capturer les émotions dans leur toile au lieu d’en profiter pleinement et Cad… et bien Cadfael travaillait, pour changer.

    Adossé à un arbre, les jambes croisées en tailleurs et le soleil baignant son visage calme et concentré, il semblait absorbé dans la rédaction d’un curieux texte. Deux piles de livres lui tenaient lieu d’accoudoirs et le chant d’un oiseau quelconque était sa seule compagnie, mais il était bien. Aussi bien qu’il pouvait l’être compte tenu des circonstances. Il posa sa plume, bailla et s’étira, jetant un coup d’œil à son travail.

    Nouveau sourire. Une fois ou deux, un curieux était venu lui demander ce qu’il écrivait. Certains le prenaient pour un poète, d’autre encore allaient jusqu’à le croire étudiant (ce qui vu son âge était à présent peu plausible), tous avaient demandé à jeter un coup d’œil à ses écrits. Et tous avaient été déçus. Car le mangemort, habitué à évoluer dans un milieu plus sombre et moins confiant, avait prit l’habitude d’écrire en code. Même les menus du restaurant se voyaient à présent soumis à cette étrange protection et plus encore quand il était en train de préparer ses rapports et ses dossiers.

    Les ombres passaient au rythme des nuages devant l’astre du jour, faisant parfois plisser les yeux clairs du libraire. L’oiseau se tu soudain, annonçant par son silence une arrivée inopportune. Cad’ eut aussitôt l’un de ces petits mouvements de tête rapide qui le faisaient ressembler à un rapace et fixa un point à sa droite. Le soleil dans ses yeux gênait sa vision habituellement excellente mais il eut réussi toutefois à identifier l’inconnue. Car il s’agissait d’une femme.

    Elle était grande. Plus que lui à première vue, fine comme un roseau, cheveux bouclés et cachée dans un long manteau cintré qui la mettait plus en valeur que n’importe quelle robe. Le mangemort aurait été incapable de l’identifier ou même de dire si elle était jolie ou pas car elle était en contre-jour et l’ombre cachait ses traits. Tout ce qu’il pouvait dire à cette distance, c’était qu’elle paraissait en difficultés. Mais là encore, rien n’était certain. Oh et puis zut, il avait besoin d’une pause et un gentleman ne refuse jamais à aider une demoiselle en détresse.

    Le barman posa donc son ouvrage et se leva, frappant son jean de la paume de sa main pour en enlever les brins de verdure qui s’y étaient incrustés. Il prit également quelques secondes pour ajuster son pull rouge sombre sur sa chemise blanche et se frotter les nuque. Puis, les mains dans les poches et le sourire aux lèvres, il s’avança vers l’inconnue.


    « Besoin d’aide Fraülein ? » tenta-t-il simplement, dans son allemand mâtiné d’accent gallois habituel en lui tendant la main ga…droite.

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    MessageSujet: Re: Son et Lumière [Diana]   Jeu 19 Fév - 4:51

    Lundi, journée d’ennui. L’ivresse du week-end retombait, le travail reprenait. Les visages rayonnants du samedi soir sombraient dans la monotonie. Ils se fermaient, se figeaient, concentrés, devant la paperasse administrative, s’étiraient, souriant, plastifiés, devaient une clientèle pressée. Les hiboux allaient et venaient, les téléphones portables vibraient, la liste des devoirs ne cessait de s’allonger. On parlait affaire, on parlait travail. La liesse de la veille était oubliée. Et cette dernière soirée ? A-t-elle seulement existée ? Lundi, les hommes s’arrêtaient, les machines s’enclenchaient et, la galerie d’art se vidait. Les robots n’entendaient rien à l’art. Leur fonction pratique ignorait la contemplation. Les rêves n’avaient pas leur place dans le monde de l’utilité, et Diana s’en trouvait désœuvrée. Sa petite galerie n’attirait pas une pléthore d’artistes. Elle se défendait bien, ciblait un public particulier, fidèle, mais occupé. Après les vernissages, la clientèle s’espaçait doucement. Quelques étudiants passaient le lundi après-midi, d’autres, plus nombreux, s’attardaient sur les œuvres après leur service. Il s’agissait généralement des abonnés absents du week-end, des grands fêtards qui couraient le pays à la recherche de fêtes et de soirées. La seconde catégorie, celle des entrepreneurs, était plus rare. Quand on traversait les frontières pour sceller des contrats, on s’attardait moins volontiers sur des peintures. Cependant, si l’artiste exposé avait plus de prestige que les autres, les tendances s’inversaient. On retrouvait au milieu des connaisseurs les nouveaux riches surmenés. Comment avaient-ils entendu parler de la galerie ? C’était pour Diana, l’un des plus grands mystères de ce monde. Ils venaient pour acheter. Peut importait la démarche artistique, c’était en vogue, les estimations risquaient de monter. Un zeste d’art contemporain au milieu du salon impressionnait toujours les invités. On pouvait alors se donner des airs cultivés, en répétant, avec une grandiloquence assurée, trois phrases volées à un spécialiste. C’était amusant. La jeune femme aimait beaucoup ces clients peu ordinaires. Ils étaient vains, inutiles, comme l’art. Ils ressemblaient tant aux œuvres abstraites qu’elle leur vendait, aux toiles torturées qui, d’une façon ou d’une autre, dénonçait toujours les esprits conditionnés, les malheurs de l’humanité, qu’ils lui permettaient de saisir dans toutes leur intensité les œuvres qu’elle leur confiait. Elles seraient à leur place dans le séjour des apparences. Tout ceci n’était qu’une vaste plaisanterie. Elle y participait, et c’était absolument fantastique. N’êtes vous pas de cet avis ? Hélas, ce lundi n’avait rien de fantastique. L’artiste exposé n’avait pas rencontré de grands critiques. Trop sordide sans doute. Quelques articles y avaient vu un lien avec Bacon, pour donner, selon les convenances, un argument d’autorité. Mais c’était beaucoup trop sanglant d'après Diana. Des corps tordus, sombres, décomposés, démembrés, de la chair, une insoutenable souffrance, une noirceur violente. C’était très beau. Très intéressant. Parfait dans une salle à manger. C’est ce qu’elle affirmait à ses visiteurs. La plupart ne partageait pas son avis. Elle ne comprenait pas pourquoi.

    L’après-midi passait tristement. Il faisait beau dehors pourtant. Ne serait-elle pas mieux dehors ? Elle était directrice, donc, elle faisait ce qu’il lui plaisait. Allons, personne ne la volerait. Diana ne se souciait de rien. Elle donnait toute sa confiance à son personnel. Et, jusqu’alors, on ne l’avait jamais trahi, puisque ses rats n’avaient rien dit. Un rat albinos, était d’ailleurs juché sur son épaule alors qu’elle franchissait, d’un pas gracieux et légèrement chaloupé les grilles du parc de Pfaueninsel. Ses boucles blondes se détachaient d’un chignon négligés et ondulaient sous la brise fraîche et parfumée. La jeune femme était sobre aujourd’hui. L’excentricité ne plaisait pas au lundi. Mais, les regards des passants s’allongeaient sur elle. Elle était l’éternelle intruse avec sa peau pâle, ses lèvres vermeilles, sa taille de mannequin, son allure distinguée, sa longue veste cintrée. Qui pouvait croire en cet instant qu’une si noble dame fardait le samedi soir ses yeux de rouge, de noir, arborait corsets, tenus de vinyles, robes de dentelles, et s’élevait sur des new rock à talon ? Elle était comme les autres, elle avait deux visages.

    Elle marchait sans but, comme bien souvent, à la recherche d’un détail, d’une personne, de quelque chose à retenir, à rapporter, à retranscrire sur une toile, à méditer. Un rien, une réplique anodine surprise dans une conversation, un geste maladroit, une chaussure délaissé au pied d’un banc, … Il fallait qu’on la surprenne, que l’étrange intervienne et l’interroge. Son regard nébuleux détaillait tout et, soudain, la révélation se fit. Là, à ses pieds, des lettres à moitié effacées et une craie écrasée. La craie était rouge. C’était fabuleux ! Elle s’arrêta, s’accroupit, dans l’allée, et contempla, fascinée, les mains posées sur ses genoux. Autour d’elle, les gens s’écartaient doucement, on l’observait avec de drôles d’airs, les petits interrogeaient leurs parents. Que faisait donc cette jolie madame ? Puis, une voix d’homme, plus proche, dont elle ne parvint à identifier les intonations, troubla sa transe. Elle ne leva pas ses yeux vers lui, et répondit distraitement.


    - Oui. Le trottoir saigne. Mais les gens continuent de l’écraser… Encore… Encore… Et vous semblez étranger… C’est une belle coïncidence… Avez-vous un nom ?
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    MessageSujet: Re: Son et Lumière [Diana]   Sam 21 Fév - 12:20

    Maintenant qu'il la voyait, il pouvait dire qu'elle était belle. Des boucles blondes s'échappant d'un chignon artistiquement négligé, des traits à faire pâlir une madone rehaussés par le rouge de ses lèvres et l'immensité de ses yeux. Sa taille faite au tour recelait une profonde et réelle élégance le tout mâtiné de cette excentricité de bonne aloi qu'il avait apprit à aimer chez Klarissa. Oui elle était belle mais pas autant que l'était l'anglaise de ses pensées. Merlin, même cette inconnue pourtant totalement différente lui rappelait son ancienne femme. Mais qu'est ce qui, dans ce monde, ne la lui rappelait pas ? Rien. Le jour, la nuit, la joie ou la peine, tout le ramenait à ces quatre ans de bonheur indicible qu'il avait partagé à ses côtés. A leurs côtés. Car bien qu'il y pense nettement moins, il n'oubliait pas non plus son petit oiseau encore incapable de voler de ses propres ailes. Anwen avait certainement bien grandit mais dans son cœur, elle restait la gamine qu'il avait quitté plusieurs années auparavant.

    Il y eut un instant de bug. Tandis que toutes ces pensées lui traversaient l'esprit, avant que sa voix ne parvienne aux oreilles de l'inconnue qui ne releva pas sa proposition tout de suite. Les yeux perçants de l'animagus interrogèrent le sol à ses pieds. L'aigle (maintenant presque sage en lui) ne releva rien d'intéressant si ce n'était un mulot un peu plus loin. L'homme quand à lui put discerner les contours d'un dessin à la craie presque totalement effacé et les restes poudreux d'une craie rouge, réduite en poussière contre le bitume, aveugle. Rapidement, le mangemort se re-concentra sur sa conscience humaine. Il avait peur que pendant ces instants où il utilisait ses pouvoirs, ses yeux ne changent de forme et de couleur, quittant le gris habituel pour une nuance ambrée bien plus commune chez les rapaces. Généralement cela ne se remarquait pas (après tout, il avait une couleur d'yeux naturellement changeante) mais on n'était jamais assez prudent.

    Elle avait une jolie voix l'inconnue, mais un allemand plutôt incompréhensible. Au début; Cad' resta abasourdit, essayant de savoir ce qu'il avait mal comprit dans les quelques phrases qu'elle avait lâché. Il avait saisit une histoire de trottoir, de sang, de gens d'étrangers et son nom. Mais en mettant cela bout à bout, il n'arrivait pas à savoir ce qu'elle voulait. En désespoir de cause (et aussi parce qu'il avait l'air con la main tendue vers quelqu'un qui ne la prenait pas), le mangemort posa un genou à terre, comme pour saluer et toucha la craie rouge du bout du doigt.


    "William, enchanté, miss ?"

    Il cherchait vraiment à comprendre la logique des paroles précédente mais n'arrivait pas du tout à la saisir, pas plus qu'il ne savait ce que l'artiste en herbe avait voulu représenter. Une seule chose importait vraiment, la demoiselle avait demandé son aide.

    "Je suis désolé, je ne suis pas sur d'avoir bien comprit. Vous êtes blessée ? Vous saignez ?"

    Elle n'avait pas l'air d'avoir mal pourtant. Enfin il n'était pas guérisseur et encore moins médicomage. Peut-être s'agissait-il d'autre chose. C'est alors qu'il vit le rat albinos sur l'épaule de l'inconnue. Il eut un mouvement de recul, plus de surprise que de peur, puis un sourire triste vint jouer sur son visage tandis que le souvenir de Klarissa et de son amour pour les "bestioles" se faisait plus présent. Se baladait-elle toujours avec un serpent à trois tête au venin meurtrier caché dans un panier, serré contre sa poitrine ? Avait-elle d'autres amours que feu-Necator ? L'avait-elle remplacé ? Serrement au cœur et retour dans la réalité. Ne pas travailler ne lui apportait véritablement rien de bon. Comme quoi, c'était la preuve que sa décision de ne plus faire autre chose était la bonne.

    Pensif, il souffla sur son doigt couvert de craie rouge. Un peu de poussière teinte s'envola, jouant avec le vent.


    "Tout ceci n'est que poudre aux yeux…"

    Il ne savait pas pourquoi il avait dit ça, surtout en allemand mais il sentait bien qu'il fallait qu'il se change les idées, et vite. Il n'avait pas envie de déprimer, cela ne lui ressemblait pas du tout. Et pour oublier la morosité, il posa à nouveau son doigt dans le broya rouge et y traça une rune, toute simple.

    "Est-ce votre compagnon qui est blessé ?"

    Si seulement il pouvait comprendre cette stupide phrase…

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    MessageSujet: Re: Son et Lumière [Diana]   Mar 21 Juil - 19:06

    Les pas ne s’arrêtaient jamais. Des empreintes en recouvraient d’autres dans la poussière rouge de la craie. Les vies s’entrecroisaient, broyées, effacées par les machines humaines. L’indifférence était totale. L’allée délivrait un message piétiné, illisible. Qu’avait-elle voulu dire ? Elle ne le saurait jamais. Ce serait le grand malheur de sa journée, l’énigme à résoudre. Le regard absent, à nouveau plongée au plus profond de ses réflexions, Diana oubliait la présence de l’homme à ses côtés. Ses yeux clairs suivaient les pieds des passants, poursuivis par leurs ombres. Les baskets usées, à peine tirées des rayons, les escarpins vernis aux talons tordus, les chaussures d’affaires, les docs couturées, abîmaient la craie. Le rouge s’étalait, se coinça, parfois, dans les cavités de leurs semelles. Etait-ce le talon ou les doigts de pieds qui saignaient ? Oh les vils menteurs ! Ceux là usurpaient des identités ! Les victimes les suivaient, sombres, sur le gravier. Que faisait ce jeune homme aux joues rondes et délicieuses avec des tennis trouées ? Des mollets flétris épousaient des bottines neuves. Ils mentaient. Sur le pavé, ils dissimulaient tous la vérité. Quelle grande révélation. C’était fascinant ! Etait-ce la réponse du trottoir blessé ? Elle tourna un visage pensif vers l’homme agenouillé. Tout n’était que coïncidences. Il avait sans doute d’autres choses à lui révéler. Son doigt, posé sur la craie, établissait un contact. William. Les paupières de l’allemande se soulevèrent davantage, surprises. Que signifiait ce prénom aux douces modulations britanniques ? Il était enchanté. Mais qu’avait-il perdu ?

    - Will…
    , souffla-t-elle en posant à son tour un doigt sur la poudre. Le futur. Miss…

    Sa tête bascula sur le côté. Le futur avait-il perdu ? Ou devait-elle y voir une traduction littérale ? Quelqu’un perdrait. Qui ? Le monde peut-être. Une dernière interprétation, moins drôle, plus abstraite s’arrêtait aux présentations les plus banales qui fussent. Ne lui avait-elle pas demandé son prénom ? Il le lui donnait. C’était un classique britannique, un nom fluide comme les vagues… Mais elle n’avancerait pas jusqu’à l’Angleterre, on oubliait parfois les autres contrées de l’île, ce qui était bien dommage.

    L’accent de l’homme était adorable. Il s’excusait, il n’avait pas tout compris. Mais il n’y avait rien à comprendre. C’était pour cette raison que l’art existait, et que tous les détails du paysage avaient leur importance. Ils vivaient au milieu de l’absurdité, et cherchaient le sens. Il ne vint pas un seul instant à l’idée de Diana que William eut pu mal saisir ses mots. Il semblait inquiet. Sa déclaration le troublait, évidemment. Le message du trottoir, la tâche pourpre sur le bitume sombre était peut-être funeste. Avaient-ils raté un avertissement ? Il était vrai que la Terre se portait mal ces derniers temps.

    Diana observa ses mains, fixa le rouge fané qui ternissait son index. Elle saignait en effet. A l’intérieur, elle ne savait pas. Tout allait bien, lui semblait-elle. Personne ne lui avait porté de coup au cœur depuis longtemps. Depuis que sa vie suivait les codes de l’art. L’observateur ne souffre pas, ou trop pour identifier le mal. William le sentait aussi. Il était facile d’en arriver à cette conclusion. Les gens s’arrêtaient rarement lorsqu’elle entrait dans ses insondables contemplations. Ils la jugeaient folle, poursuivaient la ronde de leur existence sans se poser de questions. Souvent, ils ne la remarquaient même pas. Et cet homme ne partait pas. Il s’intéressait, modifiait l’œuvre à sa manière. Diana le laissait faire, ravie. La poussière rouge se fondit dans l’air incolore, dispersé par un soupire de l’âme.

    De la poudre aux yeux. Elle battit des cils, étonnée. C’était si bien dit. Elle baissa un regard vers ses chaussures de bonne facture en caressa, pensive, la peau de daim avant de tirer sur le lacet. Elle n’était ni délicate, ni distinguée. La réalité était autre, loin de la vie bourgeoise de ses parents. Depuis combien de temps ne les avait-elle plus vu ? Son amour des moldus les avait éloignés. Ils ne voulaient pas les connaître. Tant pis.


    - Certainement…
    , dit-elle d’une voix aérienne.

    Alors que l’homme traçait un nouveau message avec son doigt, Diana retira sa botte droite puis son bas. Elle posa son pied blanc sur la tâche. Le sol était glacé.


    - J’hésite entre la poudre et la poussière, la vanité et le néant… Tout pourrait être si différent. Mais c’est trop tard. Le trottoir est si froid…


    Et l’homme lui avait posé une question très étrange. Son rat se portait très bien. Elle le souleva de son épaule et le porta à son oreille. Le rongeur, étrangement tranquille, se laissa faire. Mais il ne lui dit rien, silence absolu. Monsieur Fleischer ne souffrait pas. Il voyait même très bien, et avait cru remarquer une lueur prédatrice à travers le regard de son interlocuteur qui ne croyait pas si bien dire en parlant de compagnon. Un sourire tranquille passa sur ses lèvres.


    - Merci de vous inquiéter, mais Monsieur Fleischer va très bien vous savez. Ne vous inquiétez donc pas pour nous, n’avez-vous pas assez de soucis ?


    La question lointaine n’appelait pas vraiment de réponse. D’un regard intrigué, elle étudia le symbole. La forme ressemblait à la rune Dagaz, mais ce n’était peut-être qu’un hasard. Les réflexes devançaient parfois les connaissances. Elle aimait cependant voir ce signe positif dans ce tableau sinistre. L’art divinatoire mentait souvent, mais ses promesses étaient belles, parfois. Elles méritaient leurs places sur un tableau. Mais n’était-ce pas en contradiction avec le message premier qu’elle avait cru voir ? Will miss. Ces deux particules lui revinrent en mémoire. Et, tout se ternissait à nouveau.


    - Nous perdrons la lumière… Peut être…


    Elle retira son pied et le rangea dans sa chaussure en haussant les épaules. D’un doigt, elle traça un simple trait vertical.


    - Mais bientôt, le froid s’en ira. Comme tous les ans. Et vous voyez, mon prénom commence par les deux lettres de cet alphabet. Mais s’il ne faut en choisir qu’une seule, je préfère Isaz… Enchantée aussi William… Vous vivez ici ?


    Elle parlait, légère, comme si rien ne pouvait l’étonner ou avoir de l’importance. Que dévoilait-elle du monde sorcier après tout ? Les moldus connaissaient bien les runes eux aussi, parfois mieux que les sorciers. Certains essayaient même de les utiliser. Ça ne marchait jamais, mais ils y croyaient. N’était-ce pas mignon ? Son regard s’attarda sur Isaz. Sa symbolique et sa simplicité surtout lui plaisaient. C’était comme si sa dernière question n’avait jamais été posée. Pourtant, elle attendait la réponse. Une conversation avec un inconnu ne se refusait pas.
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    MessageSujet: Re: Son et Lumière [Diana]   Jeu 27 Aoû - 7:11

    Curieux. D’habitude on associait son nom à la volonté ou à son étymologie galloise qui signifiait « A la tête d’acier » ou moins littéralement tête de mule. L’avenir lui convenait toutefois. C’était pour lui qu’il se battait, pour lui qu’il était mort. Et la fille était complètement cinglée.

    D’un certain côté c’était rassurant pour son allemand. Ce n’était pas lui qui traduisait mal mais son interlocutrice qui ne parlait pas correctement. Cela posé, il pouvait décider d’une marche à suivre et essayer de trouver un terrain d’entente. Contrairement à ce que l’on pouvait croire, il n’avait rien contre les dingues. Après des années passées à s’occuper de Betty puis d’Austen, il avait fini par les trouver rafraîchissantes. On dit souvent que les opposés s’attirent et si ce n’est pas totalement vrai, il est toutefois agréable pour un homme aussi rationnel que d’être propulsé dans un monde psychédélique proche d’un Lewis Carolls où les trottoirs seraient des êtres vivants et la craie des entités supérieures juste constituées d’émotions.

    Cadfael prit une longue inspiration et se releva, déroulant sa colonne vertébrale et ouvrant grand les poumons. Ses yeux clairs suivaient le langage corporel de la folle, essayant de comprendre tout ce qui n’était pas dit. Et le rat lui donnait faim. Il s’humecta les lèvres, se frotta la nuque et reprit sa réflexion.

    Bien. Elle était cultivée, au moins un minimum puisqu’elle comprenait quelques mots d’anglais. Elle s’exprimait avec grâce et un vocabulaire étendu. Il y avait quelques mots qu’il ne connaissait pas et avait retrouvé grâce au contexte. Le rythme de phrases était bon également, un rien binaire mais ce n’était pas si rare. Le ternaire était le langage de la logique. Le binaire celui de la poésie et donc de l’art. Artiste donc, ce qui était visible à son accoutrement. Sa seule folie perceptible restait donc l’illogisme de ses propos. Et aussi sa propension à se balader pieds nus dans la neige.


    « Poudre et poussière ne sont que deux mots pour la même illusion. Tout comme la vanité et le néant. La poudre est vanité parce qu’elle doit être régulière, fine, traitée. La poussière par contre n’est rien qu’un résidu. Personne ne fait attention à la qualité de la poussière, on ne cherche qu’à l’éliminer. La poussière est donc le néant. Il est toujours trop tard et la neige est probablement coupable du refroidissement du trottoir. »

    Bon d’accord. Il arrivait à gérer les crises de déni de sa première femme, comment elle mélangeait réalité et fantasme par peur d’affronter son propre destin. Il arrivait à accepter les phobies de sa seconde femme, la peur des orages, la peur des japonais et la personnalité de sa jumelle morte-née. Mais ça, c’était du grand n’importe quoi.

    « Enchanté Monsieur Fleischer. »

    Il regarda la folle s’intéresser à Dagaz et en profité pour ignorer les questions auxquelles il ne voulait pas répondre. Il ne savait pas trop pourquoi il avait tracé cette rune. Ni même ce qu’elle pouvait bien signifier. Il était assez celte pour connaître ses principales caractéristiques et il lui restait quelques souvenirs de ses cours de Poudlard pour en interpoler des significations quelconques mais il n’y croyait pas vraiment. La divination était la pseudo-science de ceux qui étaient trop trouillards pour accepter l’incertitude de l’avenir…et des tarés qu’on ne pouvait pas interner. Les pire d’entre eux étant ceux qui regroupaient les deux caractéristiques bien sûr. Il était sur que l’inconnue allait se passionner pour ça. Et avec de la chance elle allait laisser tomber des bribes d’information utile derrière tout son charabia.

    « On ne peut pas perdre la lumière. Même lorsqu’on ne la voit pas, elle continue à exister. Vous devenez aveugle ? »

    Probablement pas. Neuf chances sur dix qu’elle dise n’importe quoi. Mais le mangemort s’avait que s’il ne posait pas la question, il allait encore s’inquiéter pour des prunes. La vraie gentillesse n’existe pas, elle n’est là que pour étouffer une conscience trop développée. Vous pensez qu’on s’inquiète pour vous alors que la personne n’est gentille que pour faire taire sa culpabilité. Ou pour éviter de penser à ses propres problèmes. Mais jamais par pur altruisme. L’être humain est rarement pur par essence. Quelque part entre la poudre et la poussière. Elle traça un trait rouge. Un L. Ou un I. Et si on croyait ce qu’elle disait, Izaz. La rune du Moi. Du « un ». De l’égoïsme en somme. Il préférait son infini. Avait-elle fait exprès de répondre à l’innombrable par la solitude ? Non, ce n’était qu’une coïncidence. Impossible que ses divagations aillent aussi loin. Elle était tout sauf logique. Elle était tout sauf lui.

    « Di. Diarmaid en Irlandais, l’oubli. Mais vous n’êtes pas irlandais et vous n’êtes pas un homme donc je me retrouve avec…Diane ? La déesse de la chasse ? L’avatar d’Artémis ? »

    Si c’était le cas, elle n’avait rien de la déesse belle et sauvage dont elle portait le nom. Diane tuait ceux qu’elle aimait. Monsieur le rat semblait bien, aussi ce n’était pas pareil. Et puis il s’en fichait. Il s’appelait Prince Guerrier, n’avait rien d’un prince et encore moins d’un combattant.

    « J’habite Berlin oui. Et vous ? Et où avez-vous appris les runes ? Il est plutôt rare de voir un non celte s’occuper de… » son mot se gela au fond de son cerveau et aucun effort ne réussit à l’en déloger à temps. « …de concepts aussi abscons. Je pensais que les allemands passaient leurs hiver à … » autre mot perdu « bref, où avez-vous appris le Futhark ? »

    Il ferma les yeux, baissa la tête et se mordit la lèvre, maudissant ses pertes de mémoire soudaine. Perdre ses mots à cinquante ans à peine c’était frustrant. Les mots étaient tellement importants pour lui. Que penserait le Lord s’il devenait incapable de comprendre son entourage hein ? Et le fait que son interlocutrice soit assez malade pour perturber tout homme sain d’esprit n’était pas une excuse.

    « Le cycle des saison, le froid, l’hiver, le jour et la nuit sont représentés par Dagaz. Or vous dites préférer Isa qui n’est pourtant qu’un chemin. Cause, conséquence. C’est la logique. »

    Du bout de son doigt, il toucha Isa pour lui rajouter un chapeau, une sorte de trait oblique sur la droite qui la transforma en une autre lettre. Le l.

    « Laguz vous convient mieux. La mer forme votre cycle, celui de l’hiver, tout en étant moins clos que Dagaz. De plus, il y a la lune et vous êtes lunatique. A vous. »

    Après tout, ce n’était qu’un jeu. Une divagation. C’était stupide mais cela passait le temps. Et folle ou non, Di machin restait une jolie femme. Il n’y a rien de mal à se distraire avec de la beauté non ? C’est pour ça que l’art existe.

    _________________
    Are you goin' to Scarborough Fair ?
    Parsley, Sage, Rosemary and Thyme
    Remember me to one who lives there,

    She once was a true love of mine

    Cadfael (Jon) William Stark
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